+ Concert JEAN-MICHEL JARRET

Entrée Libre!

09 Mars - 20h00

Vernissage d'exposition proposé par La Guinguette à Léo

Entrée Libre!

www.facebook.com/laguinguettealeo

 

La Guinguette à Léo est bien heureuse d'acceuillir ce vieux filou de SHO SAN pour une superbe expo bien barrée.
Le tout accompagné des délicieuses "Jean Michel Jarret" (style : RIOT GRRL, Valence) pour vous accompagner en musique !

http://sachabarbieri.tumblr.com/

METAMORPHOSES SOUS COULEURS D’AFFRONTEMENTS

A la lecture de la peinture de Sacha, on s’engage dans un réel parcours initiatique. D’un terrain saturé où tout trait de peinture signifie, où chaque geste marque la toile, où le sens, direct et incandescent, surgit en tout endroit et à tout moment, on se dirige petit à petit vers une représentation plus fine, plus forte, singulière. Où le discours du peintre se dissimule derrière le signe et la forme. Où la forme se tait et nous défie du tréfonds de son silence.

Dans les premières œuvres, on perçoit un affrontement des formes se disputant l’espace. Affrontement dans lequel se déploient des forces premières, brutes, vives et intenses. La peinture est primitive, empreinte d’une vitalité chaotique. On participe ici à l’émergence d’une volonté créatrice, tapageuse et immodérée, entrechoquant brutalement et avec jubilation les différentes couleurs. Ces dernières nous convient à un ballet dont le rythme endiablé nous imprègne au fur et à mesure que l’on s’immisce dans leur danse. Danse frénétique et dionysiaque durant laquelle les formes se métamorphosent, se subjuguent, s’allient, se fondent et se confondent, s’accouplent et se déchirent les unes les autres. Une violence joyeuse et cruelle, enjouée et sanguinaire accompagne le mouvement. Violence à la mesure de la puissance des liens qui unissent l’homme et son univers, l’humain et le non-humain. Eclatent alors sur les parois muettes de la toile, les échos anciens d’une pulsation primitive où animalité et humanité s’allient selon une symbolique maintenant oubliée. Où l’homme est partie du Tout et où le Tout lui confère droit de vie. Où l’homme n’est pas encore de la représentation mais participe toujours pleinement et entièrement du processus de formation du monde. Le peintre plonge ici au cœur même du chaos pour tenter d’en faire resurgir un ordre caché, mystérieux, perdu.

Après ce premier élan vital, nécessaire, entier, on sent une fêlure se profiler. En effet, en lieu et place de l’unicité chaotique mais secrètement structurée que les premières peintures nous donnaient à voir, apparaît maintenant dans les tableaux une cassure qui scinde la totalité première en des univers différents. Cette séparation semble s’éclairer entre l’homme et l’animalité, entre l’homme et son Autre. Emerge ici la conscience d’une altérité profonde, indépassable dont l’homme est exclu, dont il s’est exclu. Dorénavant, ce dernier ne semble plus vivre au cœur de son environnement. Il fait face au spectacle de la nature. Il ne peut plus concevoir le monde que comme spectaculaire, extérieur voire étranger à lui-même. L’alliance qu’il avait créée avec les éléments qui l’entourent s’est brisée.

Le réel et l’art se rejoignent alors dans le même mouvement. Car pour signifier cette rupture irréversible n’existe qu’un seul recours : la représentation. Mais cette dernière participe encore à l’approfondissement de l’abîme qui sépare les hommes du réel. Pourtant, elle seule peut rendre compte de cette césure fondamentale, fatale qui s’est faite jour au cœur même de l’existence humaine. En effet, à défaut de vivre en symbiose avec les éléments présents, l’homme peut tenter d’en saisir la vie dans l’éternité d’un instantané, d’une création artistique. Et pour cela se distancier, tordre le cou au réel, s’arracher au temps pour fondre une nouvelle réalité.

Sacha s’y emploie avec ténacité, désespoir. Dans ses toiles, les formes se dissocient et ne s’interpénètrent plus. L’homme y est représenté d’un côté, l’animal de l’autre. L’homme s’enferme solitaire à part le réel qui s’étend autour de lui de plus en plus vaste et dans le même temps de plus en plus inaccessible. A partir de ce moment, il ne peut plus que prendre à témoin ces éléments qui lui sont devenus étrangers. Bien sûr, il peut tenter de s’en faire le

gardien, le protecteur, le représentant ou le garant.. Il pourra même s’instituer sacrificateur et, pour son unique salut, donner à d’hypothétiques dieux l’offrande d’un monde qu’il met à feu et à sang. Mais tout cela est vain. L’humain s’est irrémédiablement séparé du monde dans lequel il vit. De cette rupture initiale découleront toutes les autres. En effet, l’homme se retrouve désemparé face à cette rupture qu’il a lui-même orchestré et qui le rejette face à lui-même. Maître et esclave de son propre destin, isolé, en perte de repères, il ne peut que s’enfoncer plus avant dans une quête insensée : la reconquête impossible d’une identité condamnée. Reconquête fallacieuse où il ne peut faire la part du vrai et du faux, du bon et du mauvais puisqu’il s’est émancipé du réel. Ainsi, il commettra l’irréparable : détruire totalement et définitivement sa nature première. Et Sacha de nous montrer l’horreur de cette quête infinie et indéfinie où les guerres fratricides, le meurtre et la destruction, les pouvoirs absurdes et ubuesques pourront se succéder sans cesse et sans mesure, mettant fin à toute possibilité de retour à un ordre équilibré. Ce n’est que dans un monde de dévastations, de massacres et d’oubli que l’homme pourra maintenant se constituer. Il ne lui reste plus qu’à faire table rase de ce qui précédait et construire de toutes pièces une réalité nouvelle.

Dans la peinture de Sacha, évoluent maintenant des formes libérées de toute référence. Des formes dont l’irréalité même fonde maintenant notre réel. Un réel en proie à la mutation. On peut essayer de reconnaître dans les formes exposées des créatures connues. Mais elles sont déjà passées à un autre stade de développement et échappent dores et déjà à notre compréhension. Elles nous ont dépassés dans le temps. Hébétés, nous ne pouvons plus que les regarder s’affranchir de notre présence. Qu’elles soient spectrales ou fortes d’une puissance inconnue saturant l’espace, elles nous narguent d’un futur inconnu et invivable. Il n’y a plus de confrontation. Ces formes règnent sur un univers où l’homme n’existe plus, d’où il a disparu. Et si des formes humaines apparaissent encore, ce n’est que pour nous donner le spectacle de mutants défigurés, démembrés, horrifiés par leur solitude insupportable.

A ce monde apocalyptique, Sacha donne une suite ironique : un monde policé, ordonné, sécurisé, totalement signifié où l’horreur est allé se terrer sous le tapis vert de nos illusions perdues.. C’est l’ère du « simulacre et de la simulation.» Où aux hurlements de l’extermination du réel a succédé le silence des formes « d’après l’histoire ».

L’homme des arrières mondes se cache alors derrière le masque grimaçant de la détresse. Il ne sait plus ce qu’il ressent, ce qu’il voit, ce qu’il est. Il s’est perdu dans sa propre fantasmagorie, dans son propre miroir. Séparé du reste, coupé en lui-même, il tente désespérément de se ressaisir alors qu’il est déjà trop tard, bien trop tard. Il s’est déjà enfermé entre un passé dévasté et un futur asphyxié. Le regard qu’il jette derrière lui ne peut plus qu’embrasser un monde exterminé. Il a fini le monde, le réel a disparu.. Plus rien ne subsiste si ce n’est ce regard que nous pouvons lui renvoyer du fin fonds de notre angoisse. Angoisse simulée, bien sûr...

Revenir